Je n’ai pas aimé Hong Kong, mais j’ai aimé ce pain perdu hongkongais. Quelque part entre le croustillant et le beurre de cacahuète, j’ai trouvé la seule touche de magie dont j’avais besoin.
Le choc des cultures : Ma rencontre avec Hong Kong
Je ne suis pas allée à Hong Kong pour le pain perdu.
J’y suis allée pour les gratte-ciels, la street food, l’énergie, la promesse baignée de néons de quelque chose de cinématographique… et pour le thé au lait hongkongais. Mais ce que j’ai trouvé à la place, c’était du smog, une foule étouffante, une humidité implacable, et — peut-être le pire de tout — de la nourriture fade. Je sais. Hérésie. Mais entre des nouilles tièdes et des dim sum survendus, mes papilles ont fini par faire une révolte silencieuse.
Ce n’est pas que j’ai détesté la ville. C’est juste que je n’ai pas trouvé la magie. Elle m’a semblé être une simulation hyperactive d’elle-même. Trop de précipitation, pas assez de goût. Trop de monde, pas assez d’âme. J’ai commencé à me demander si quelque chose m’échappait… ou si j’étais juste d’humeur morose.

Et puis… il y a eu le toast.
🍞 Hong Kong en une bouchée
- Le plat iconique : Le Sai Do Si (西多士), un pain perdu frit et fourré au beurre de cacahuète.
- L’accord parfait : Un Hong Kong Milk Tea bien corsé (chaud ou glacé) au lait évaporé.
- L’adresse culte : Kam Wah Café (Mong Kok), célèbre pour son beurre fondant et son ambiance électrique.
- Le budget : Environ 45-55 HKD (~6€) pour le combo toast + thé.
- Le secret : Une friture profonde qui rend le pain aussi croustillant qu’un beignet.
Le Kam Wah Café : Une institution à Mong Kok
Je suis tombée sur le Kam Wah Café un peu par hasard — j’étais fatiguée, affamée, et j’avais besoin de m’asseoir. Coincé à un angle animé de Mong Kok, l’endroit bourdonnait comme une ruche au néon. Les locaux défilaient. Les serveurs criaient les commandes comme des commissaires-priseurs. Ce n’était pas charmant, non — mais c’était vivant.
J’ai commandé un pain perdu de Hong Kong et un thé au lait chaud. Pourquoi ? Parce que j’avais besoin de quelque chose de familier. Quelque chose de réconfortant. Quelque chose de sucré, de gras, et sans aucune ambiguïté.
Des tranches épaisses de pain, du beurre de cacahuète au centre, frites jusqu’à devenir dorées et croustillantes, arrosées — non, trempées — de sirop et de beurre. Servies avec une tasse fumante de thé au lait hongkongais, fort et soyeux.
Croustillant. Fondant. Beurre de cacahuète. La douceur délicate du lait concentré sucré. De la magie.
L’art du Hong Kong Milk Tea : Bien plus qu’un simple thé au lait
On ne peut pas comprendre le pain perdu sans son compagnon de toujours : le thé au lait hongkongais. Ici, on est loin du thé délicat. On l’appelle le ‘thé chaussette’ car il est filtré à travers un sac en tissu qui ressemble à un bas en soie. Ce procédé, répété plusieurs fois, lui donne une puissance tannique incroyable. Le secret final ? L’ajout de lait évaporé (souvent la marque Black & White) pour une onctuosité qui vient balancer le gras du toast.
La force tannique du thé au lait coupait parfaitement la richesse du toast, équilibrant sa décadence beurrée et sucrée avec une amertume douce qui rendait chaque bouchée encore meilleure.
Tout à coup, la brume dehors me paraissait moins étouffante. Le bruit, moins agressif. Le monde s’était adouci.
Ce pain perdu de Hong Kong. Croustillant à l’extérieur. Fondant, onctueux, légèrement salé à l’intérieur. C’était absurde. Un dessert déguisé en petit-déjeuner. C’était parfait. Et sans aucun doute, la meilleure chose que j’ai mangée à Hong Kong.
Tout le reste m’avait semblé terne. Mais ça ? Ce toast — et son acolyte idéal, une tasse de thé au lait hongkongais, veloutée grâce au lait évaporé et intensément corsée par son mélange de thés noirs — criait haut et fort. Ensemble, ils incarnaient l’assurance que la cuisine hongkongaise m’avait jusque-là refusée. Riche, excentrique, excessive. Et j’ai respecté ça.
Et il faut que je fasse un clin d’œil rapide à leur petit pain au porc et au fromage. C’était étrangement délicieux — salé, fondant, charnu, avec une sorte de sauce “Piccadilly” acidulée que je n’ai toujours pas réussi à décrire. Mais ça marchait. Comme si quelqu’un avait fourré un cheeseburger dans une brioche moelleuse en me disant : « Fais-moi confiance. » Je l’ai fait. Et je ne le regrette pas.

L’origine du pain perdu hongkongais (Sai Do Si)
Pendant que je mâchais et que je sirotais mon thé, je me suis mise à me demander — d’où venait cette monstruosité aussi délicieuse qu’absurde ?
Il s’avère que le pain perdu à la hongkongaise est un fascinant produit de l’évolution culinaire coloniale.
Il s’inspire vaguement du pain perdu occidental, mais à la manière audacieuse propre aux Hongkongais, ils l’ont poussé à fond.
Au lieu de simples tranches de pain trempées dans de l’œuf, cette version-là enferme du beurre de cacahuète (ou du kaya, ou du lait concentré) entre deux tranches épaisses de pain blanc, puis on trempe le tout dans l’œuf avant de le faire frire jusqu’à ce qu’il devienne doré et croustillant. Ensuite, on ajoute du beurre — souvent une bonne noisette fondante sur le dessus — et on nappe le tout de sirop ou de miel.
C’est décadent. C’est extravagant. Et c’est franchement génial.
Comme le milk tea (qui vient du thé de l’après-midi britannique mais est devenu un pilier des cha chaan tengs), ce toast est un hybride entre l’Est et l’Ouest. Mais contrairement aux origines raffinées du thé, ce toast-là, c’est le cousin rebelle. Celui qui se moque de l’équilibre et de la retenue. Celui qui dit : « On va tout faire frire et appeler ça un petit-déj. »
Je suis sortie de Kam Wah le ventre rempli de toast… et avec une petite étincelle d’espoir pour la scène culinaire locale. Mais honnêtement, rien n’a surpassé ce toast.

Nostalgie culinaire : Pourquoi le pain perdu hongkongais me hante encore
De retour à la maison, je ne rêvais pas des vues sur le port de Hong kong. Je ne pensais pas aux gratte-ciels, ni à la symphonie lumineuse. Je rêvais… de ce toast.
Quelques semaines plus tard, dans ma propre cuisine, je me suis réveillée avec une envie soudaine de ce pain perdu hongkongais absurde.
Pas de Kam Wah dans mon quartier, évidemment. Alors comme toute personne affamée, nostalgique, et sans aucune maîtrise d’elle-même, j’ai décidé d’en faire un moi-même. Je voulais ce croustillant, cette touche beurrée, ce petit câlin au beurre de cacahuète.
J’ai infusé un thé noir chinois bien corsé, fouetté avec des œufs, trempé le pain, tartiné du beurre de cacahuète et un peu de lait concentré, puis tout fait dorer à la poêle. Un filet de sirop. Une gorgée de thé.
Et soudain — bam — j’étais de retour à Kam Wah, coincée entre deux inconnus et un ventilateur oscillant.
Le goût du croustillant sucré. La gorgée de thé au lait tannique. Le bourdonnement des conversations autour d’une petite table serrée.
Et peut-être, juste peut-être, un deuxième petit pain au porc et au fromage.
🍞 Ma recette du Hong Kong French Toast infusé au thé noir 🍞
Portions : 2
Temps de préparation : 10 min
Temps de cuisson : 10–15 min
🧾 Ingrédients
Pour le pain perdu :
- 4 tranches de pain blanc moelleux (préférence pour brioche ou pain au lait)
- 15–30 g de beurre de cacahuète lisse (environ 1 à 2 cuillères à soupe)
- 15–30 g de lait concentré sucré (environ 1 à 2 cuillères à soupe)
- 2 gros œufs
- 60 ml de thé noir chinois infusé fort (ex. Keemun ou Yunnan), refroidi
- 2,5 ml d’extrait de vanille (½ cuillère à café)
- 12 g de sucre (optionnel, 1 cuillère à soupe)
- 10–15 ml de beurre ou d’huile neutre pour la cuisson (environ 2 à 3 cuillères à café)
Pour la garniture :
- 15–30 g de lait concentré sucré pour arroser
- 5–10 g de beurre salé (pour la finition)
- Optionnel : sucre glace ou thé moulu finement pour décorer
🔪 Instructions
- Préparez le toast :
Étalez le beurre de cacahuète sur une tranche de pain et le lait concentré sucré sur une autre. Assemblez-les pour former deux sandwiches. - Préparez la pâte à tremper :
Dans un bol peu profond, fouettez les œufs avec le thé refroidi, la vanille et le sucre (si utilisé). - Trempez les toasts :
Trempez chaque toast dans le mélange œufs-thé pendant environ 15 à 20 secondes de chaque côté, jusqu’à ce qu’ils soient bien imbibés. - Cuisson :
Faites chauffer une poêle à feu moyen avec le beurre ou l’huile. Faites frire chaque sandwich 2 à 3 minutes de chaque côté, jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés.
(Option four : cuire à 190 °C pendant 8 à 10 minutes en retournant à mi-cuisson.) - Servez :
Nappez d’un filet de lait concentré sucré, ajoutez une noisette de beurre salé, et saupoudrez éventuellement de sucre glace ou de thé moulu.
FAQ : Tout savoir sur le « Hong Kong French Toast »
Quelle est la différence entre le pain perdu classique et celui de Hong Kong ?
La différence majeure réside dans la cuisson et la structure. Alors que le pain perdu occidental est poêlé avec un peu de beurre, la version hongkongaise est frite (deep-fried), ce qui lui donne une croûte ultra-croustillante. De plus, il s’agit d’un « sandwich » fourré et non d’une tranche simple.
Comment s’appelle le pain perdu à Hong Kong?
En cantonais, on l’appelle Sai Do Si (西多士). C’est une abréviation phonétique de « Western Toast ». C’est le plat emblématique des Cha Chaan Teng (les cafés typiques de la ville).
Le pain perdu de Hong Kong contient-il toujours du beurre de cacahuète ?
La version la plus populaire et traditionnelle est effectivement fourrée au beurre de cacahuète. Cependant, on trouve des variantes délicieuses au lait concentré, au sésame noir, à la confiture de Kaya (noix de coco) ou même au fromage pour un côté sucré-salé.
Quel type de pain est idéal pour cette recette ?
Il faut impérativement un pain de mie très épais et moelleux, souvent appelé « Hokkaido Milk Bread » en Asie. Si vous n’en trouvez pas, une brioche non tranchée que vous coupez vous-même en tranches de 3 cm d’épaisseur fera parfaitement l’affaire pour absorber le mélange d’oeuf et de lait sans s’effondrer.
Quel est le prix moyen d’un pain perdu à Hong Kong ?
Dans un café local comme le Kam Wah Café, il faut compter entre 20 et 35 HKD (environ 2,50 € à 4 €). C’est un plaisir très abordable, souvent servi en formule avec un thé au lait.
Est-ce un plat que l’on mange au petit-déjeuner ?
Bien qu’il soit disponible dès le matin, le Sai Do Si est surtout le roi du « Tea Time » (l’heure du goûter) à Hong Kong, entre 14h30 et 17h. Les Hongkongais le dégustent pour recharger les batteries durant une pause l’après-midi.
Quel accompagnement est indispensable avec ce toast ?
On ne le mange jamais seul ! Il est systématiquement accompagné d’un Hong Kong Milk Tea (chaud ou glacé) ou d’un Yuenyeung (un mélange surprenant de café et de thé au lait). L’amertume du thé est essentielle pour casser le côté très riche et sucré du toast frit.
Ce qu’il reste de Hong Kong (quand on n’aime pas la ville)
Soyons claires : Hong Kong ne m’a pas conquise.
Je suis repartie à la fois dépassée, déçue, et complètement perdue face à la personnalité de cette ville. Mais un seul plat a rendu tout cela digne d’être vécu.
Je ne suis pas tombée amoureuse de la skyline.
Je n’ai pas trouvé la paix intérieure dans la foule.
Mais j’ai trouvé un toast… qui ressemblait à un câlin.
Et ça, c’est quelque chose.
Et parmi tous mes souvenirs de voyage, tomber amoureuse d’un sandwich frit au beurre de cacahuète accompagné d’un thé au lait dans un vieux diner sous les néons reste, à ce jour, mon rebondissement préféré.




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