Suzhou, ses jardins, et un thé que je n’oublierai jamais
Je me trouvais à Suzhou, cette ville traversée de canaux et de jardins silencieux, lorsque l’envie m’est venue de visiter une plantation de thé.
Grande amatrice de thé chinois, j’avais déjà goûté des thés verts japonais, des oolongs floraux, des thés blancs délicats… mais une curiosité persistante revenait à chaque fois que je lisais sur les thés chinois : le thé Biluochun, un thé vert réputé pour être l’un des plus parfumés du pays.
Alors, par une matinée douce et un peu brumeuse, j’ai décidé de prendre la route des montagnes Dongting, juste à l’extérieur de Suzhou.
Je ne savais pas encore que cette balade allait devenir l’une des plus belles rencontres entre une feuille de thé et moi.
Le thé Biluochun en bref
- Origine : Montagnes Dongting, Suzhou (Chine)
- Type : Thé Vert non oxydé
- Récolte : Printemps uniquement
- Forme : Feuilles finement enroulées en spirales (escargot)
- Profil : Floral, fruité (pêche/abricot), sans amertume.
La plantation, la brume, et une rencontre inattendue
Les plantations s’étendaient en terrasses ondulées, comme des vagues successives de vert tendre. L’air sentait la rosée, la terre humide et… quelque chose d’impossible à identifier. Un parfum végétal presque fleuri, subtil et enivrant.
En avançant entre les buissons, je me suis mise à chercher quelqu’un qui pourrait m’en dire plus sur le fameux thé Biluochun.
C’est là qu’une femme, élégante dans une tenue traditionnelle simple mais soignée, m’a fait signe. Elle s’est présentée comme sommelière en thé et m’a proposé de la suivre dans ce qu’elle a appelé son antre de thé.
L’endroit était minuscule, presque secret : une pièce remplie de boîtes de thé du sol au plafond, avec une petite table en bois sombre, des théières en argile, de minuscules tasses, et une odeur douce d’infusions en cours.
« Tu veux goûter le vrai thé Biluochun ? » m’a-t-elle demandé.
Je n’ai même pas eu le temps de répondre : elle avait déjà sorti une petite boîte en métal, remplie de feuilles finement roulées, presque mousseuses, striées de blanc et de vert tendre.
C’était la première fois que je voyais un thé aussi délicat.

Qu’est-ce que le thé Biluochun ? Les secrets d’un thé vert légendaire
Avant même de sortir sa théière, la sommelière s’est installée face à moi, comme si elle s’apprêtait à raconter un secret précieux. Elle m’a parlé doucement, avec cette façon de transmettre qui ressemble plus à un partage qu’à une leçon.
« Le Biluochun a une longue histoire… » m’a-t-elle dit.
Alors je vous la retranscris ici, comme je l’ai vécue.
Le thé Biluochun : un thé vert aussi parfumé que légendaire
Le thé Biluochun (碧螺春), littéralement « Spirales de Jade du Printemps« , car sa forme spiralée ressemble à une coquille d’escargot et sa couleur vert clair évoque le jade, est bien plus qu’un simple thé vert. C’est un héritage vivant vieux de plus de 1000 ans, un trésor né sur les collines du Dongting, près du lac Tai, à Suzhou.
On raconte qu’un empereur de la dynastie Qing, émerveillé par son parfum, l’aurait baptisé ainsi en découvrant ses feuilles délicates, roulées comme de petites spirales printanières.
Mais ce qui rend le Biluochun si incroyable, ce n’est pas seulement son nom poétique.
C’est son parfum.
Un parfum étonnamment intense, naturellement floral, presque fruité.
Et lorsqu’elle m’en a révélé la raison, tout s’est éclairé.
Les théiers du Biluochun poussent en symbiose avec la nature : au milieu de pêchers, de pruniers, d’agrumes et d’arbres fruitiers qui bordent les pentes.
Au printemps, lorsque les bourgeons émergent, ils absorbent les effluves des fleurs et des fruits environnants.
Résultat ?
Un arôme unique, délicat, profondément parfumé — un parfum que l’on ne peut obtenir nulle part ailleurs.
La sommelière a continué, les yeux pétillants :
« Ici, le thé respire avec les arbres qui l’entourent. Il grandit avec eux. Il partage leur douceur. »
Le terroir de Suzhou : Pourquoi le Biluochun est-il si parfumé ?
Le thé Biluochun est cultivé sur les collines de Dongting Est et Dongting Ouest, deux montagnes emblématiques autour du lac Tai. Cette région bénéficie d’un microclimat brumeux, frais et humide, presque mystique.
La brume enveloppe chaque matin les plantes de thé, ralentissant la croissance et préservant les bourgeons.
C’est ce climat, presque maternel, qui donne au Biluochun son profil aromatique incomparable.
La récolte, elle, est un moment sacré.
Elle a lieu juste avant le Qingming Festival, entre la fin mars et le début avril.
À cette période, les feuilles sont encore toutes jeunes, tendres, parfois recouvertes d’un duvet blanc — ce que les artisans appellent « Hao ». Ce duvet, fragile et lumineux, est un signe indiscutable de fraîcheur et de qualité.
La sommelière m’a murmuré avec un sourire que je n’oublierai jamais :
« Le Biluochun doit être cueilli le matin, juste après la rosée. Avant que le soleil ne chauffe trop. C’est un thé qui n’aime que la douceur. »
Et soudain, tout ce que j’avais goûté prenait sens.
Ce thé sentait le matin.
Il sentait la lumière douce, la rosée, la fleur encore fermée.
Il avait le parfum d’un matin de printemps…
…comme si chaque gorgée me ramenait au cœur des collines de Dongting, là où la brume et la douceur façonnent ce trésor feuille après feuille.
- Le saviez-vous?
Le Biluochun est un thé éphémère : sa récolte ne dure que quelques semaines au début du printemps. C’est cette fenêtre de tir minuscule, calée sur la floraison des arbres fruitiers environnants, qui lui donne son parfum de pêche et de fleur unique au monde.

Comment déguster le Biluochun en Gong Fu Cha ? Mon expérience
La sommelière a sorti une petite théière en porcelaine blanche, lisse comme une pierre polie par le temps. Elle m’a expliqué qu’elle allait préparer le thé en gongfu cha, l’art chinois de l’infusion minutieuse, celui où chaque geste compte, où chaque seconde peut transformer la tasse. Avant même de verser la première goutte d’eau chaude, elle a chauffé les tasses, rincé la théière, et réveillé les feuilles de thé Biluochun d’un souffle de vapeur. Les bourgeons, encore serrés sur eux-mêmes, semblaient frémir, comme prêts à raconter leur histoire.
Première infusion : 10 secondes
« Juste pour ouvrir les yeux du thé », m’a-t-elle dit.
Le liquide était pâle, presque vert pastel, d’une transparence qui laissait passer la lumière. En bouche, c’était du nectar : délicat, fleuri, avec un soupçon de pêche blanche. Une douceur qui surprend. Une gorgée qui ressemble au premier matin du printemps.
Deuxième infusion : 8 secondes
À peine plus courte, et pourtant plus profonde.
Le goût devenait plus végétal, mais sans aucune amertume. Toujours cette rondeur soyeuse, cette douceur presque enfantine. La sommelière m’a souri :
« Le thé Biluochun est un thé vert délicat. Même s’il infuse un peu plus longtemps, il reste étonnamment doux — jamais agressif. »
Et j’ai compris pourquoi les habitants de Suzhou en parlent comme d’un thé vivant.
Troisième infusion : 12 secondes
Les feuilles, désormais pleinement ouvertes, avaient libéré une autre facette du thé.
Cette fois, des notes de fleurs blanches se mêlaient à une pointe de tiges fraîches, presque croquantes. Une infusion qui avait le goût… du printemps chinois lui-même : frais, pur, vibrant comme une brise qui traverse les vergers de Dongting.
À chaque petite tasse, je découvrais un nouveau visage du Biluochun. Une personnalité différente, une nuance subtile, une surprise douce. Moi qui associais souvent le thé vert à l’amertume ou à un goût herbacé trop marqué, j’étais fascinée : le thé Biluochun, lui, était d’une tendresse inattendue, presque veloutée.
Et plus les infusions se succédaient, plus je sentais que je ne buvais pas seulement un thé — je buvais un paysage, une saison, une mémoire inscrite dans chaque bourgeon.

Comment déguster le thé Biluochun ?
La sommelière m’a expliqué que pour préparer le Biluochun comme il se doit, il suffit de respecter quelques gestes simples : une eau entre 75 et 80 °C, environ 2 à 3 grammes de feuilles pour 150 ml, et une infusion très courte en gongfu — 10 à 20 secondes à peine. Avec une théière occidentale, on peut laisser infuser un peu plus longtemps, autour d’une minute trente, pour obtenir une tasse tout aussi douce, lumineuse et parfumée.
Mais ce n’est pas seulement une question de température ou de chronomètre. C’est une question de présence.
Elle m’a montré comment observer les feuilles qui dansent dans l’eau, comment les bourgeons se déploient doucement, comme s’ils respiraient de nouveau après avoir dormi dans la brume des collines de Suzhou.
Chaque gorgée portait un équilibre délicat :
la fraîcheur du printemps, une douceur végétale, un souffle presque floral.
Un thé vert qui ne brusque jamais, mais qui s’invite, léger et clair.
Avant que je reparte, elle m’a servi une dernière tasse — la plus pure, la plus transparente.
Et en regardant les plantations autour de moi, j’ai eu l’impression de boire un paysage entier.
Le parfum du Biluochun se mêlait au vent, aux collines, à la lumière de Suzhou.
Comme si, en une gorgée, je pouvais emporter ce moment avec moi.
Un thé, parfois, n’est pas seulement un goût.
C’est un souvenir qui infuse longtemps.

Le thé Biluochun : ma plus belle rencontre à Suzhou
Cette visite à Suzhou aurait pu être une simple excursion parmi tant d’autres.
Mais la découverte du thé Biluochun m’a offert une expérience qui allait bien au-delà d’une simple boisson.
J’ai découvert un thé chargé de légende, cultivé dans un paysage unique, parfumé par la nature elle-même et préparé selon un savoir-faire transmis à travers les générations. Parfois, il suffit d’une seule tasse pour transformer un voyage en souvenir inoubliable. Pour moi, ce souvenir porte un nom : le thé Biluochun.
FAQ — Tout savoir sur le thé Biluochun
Que signifie Biluochun ?
“Biluochun” signifie signifie littéralement « Escargot vert de printemps », en référence à la forme spiralée des feuilles et à la période de récolte.
Quels sont les bienfaits du thé vert Biluochun ?
Le thé Biluochun est naturellement riche en antioxydants, ce qui en fait un allié précieux pour renforcer l’organisme. Il favorise aussi la concentration grâce à sa douceur stimulante tout en restant faible en caféine, ce qui le rend agréable à boire tout au long de la journée. Excellent pour la digestion et doté d’un léger effet détox naturel, il offre une tasse à la fois bien-être et légèreté.
Comment conserve-t-on le thé Biluochun ?
Le garder dans une boîte hermétique, à l’abri de la lumière, de l’humidité et des odeurs.
Au réfrigérateur si vous l’ouvrez peu souvent.
Comment prépare-t-on le thé Biluochun ?
Pour préparer le thé Biluochun dans les règles de l’art, utilisez une eau chauffée entre 75 et 80 °C. Comptez environ 2 à 3 grammes de feuilles pour 150 ml d’eau. En infusion gongfu, laissez infuser seulement 10 à 20 secondes pour révéler toute sa fraîcheur, tandis qu’avec une théière occidentale, une infusion d’environ 1 minute 30 suffit pour obtenir une tasse douce et parfumée.
Le thé Biluochun contient-il de la caféine ?
Oui, mais moins que la plupart des thés verts, car les bourgeons sont très jeunes.
Quel type de thé est le Biluochun ?
C’est un thé vert chinois artisanal, récolté bourgeon par bourgeon.



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